Mis en chantier en 1829, le presbytère de Saint-Anselme a d'abord été construit pour servir de chapelle à la nouvelle communauté paroissiale qui allait y célébrer son premier office religieux en août 1830. Le rez-de-chaussée était alors occupé sur toute sa longueur pour le culte. Le logement du curé, originellement confiné dans le premier tiers ouest, sous les combles, s'est étendu à presque tout l'ensemble de l'édifice à partir de 1850, alors que l'église fut construite. On a dit que, si cette transition ne fut pas fatale pour la première chapelle, cela tenait au fait que celle-ci était l'initiative des pionniers
eux-mêmes, qui y avaient mis beaucoup d'efforts, de coeur, de sacrifices et d'argent pour la
construire. Cette chapelle représentait également le fruit d'un savoir-faire traditionnel et un bel exemple de la solidarité et de l'esprit communautaire des pionniers autour d'un même but.
Si la foi et la ferveur ont pu porter l'initiative de 1830, vingt ans plus tard, d'autres
sentiments ont dû animer ces pionniers. L'ancienne chapelle en pierres, de 75 pieds de long
par 34 pieds de large, coiffée d'un toit à deux versants, et percée de 46 ouvertures (dont 18 lucarnes) était d'un nouveau style. Les éléments de la tradition s'intégraient parfaitement à des influences anglaises et américaines dont son concepteur, Thomas Baillairgé, qui avait bien amorcé l'implantation dans les églises et autres bâtiments conventuels de la région. Ce modèle s'inspire des résidences prestigieuses anglo-saxonnes, tels les manoirs Taschereau (1809), Henderson (vers 1830-40), les résidences cossues de Québec, et va s'imposer sur tout le XIXe siècle. Quand à sa valeur de savoir-faire traditionnel, elle ne viendra que beaucoup plus tard, au siècle suivant, lorsqu'auront passé le temps et les modes, et que les élites et les spécialistes de l'art commenceront à qualifier ce modèle représentatif de l'architecture traditionnelle québécoise.
En changeant de fonction, l'ancienne chapelle devient rapidement un cauchemar pour ses
occupants qui tentent de l'aménager, l'entretenir et surtout de la chauffer. Quatre-vingt
années de tâtonnements furent nécessaires et mirent plus d'une fois les fidèles contre leur
pasteur. L'épisode de 1932 est déterminant parce qu'il sauve le presbytère de la désaffection et en fixe en 1935 son allure définitive. Après avoir rejeté le projet de leur curé de reconstruire à neuf un presbytère, les paroissiens votent une forte somme (11 000 $) pour enfin lui fournir un logement fonctionnel. Sa nouvelle toilette le consacre comme véritable manoir ancestral dans le style le plus pittoresque, à un point tel que le cardinal Villeneuve le désignera le plus beau presbytère de tout son diocèse.
Source : Ernest Arsenault, Ton histoire est une épopée. La paroisse Saint-Anselme. 1975.